Zone d’Ombres

Feuille blanche…  à Filip Markiewicz

Feuille blanche… est un cycle d’expositions annuel, d’un format inédit, offrant à un créateur, un artiste, un galeriste, un musicien, un commissaire d’exposition… d’ouvrir une fenêtre sur son rapport à la création contemporaine, en invitant d’autres artistes à investir l’espace de la Galerie Antoine Dupin.

Nous sommes ravis que Filip MARKIEWICZ, artiste et musicien polono-luxembourgeois, ait répondu présent avec autant d'élan pour cette deuxième édition.

Filip a ainsi conçu l’exposition Zone d’Ombres et nous propose de découvrir son travail, ainsi que celui de :

Tina Gillen

Gregor Hildebrandt

Tina Gillen

L’œuvre de Tina Gillen explore les tensions entre l’espace architectural et l'abstraction picturale. À travers une peinture à la fois précise et dépouillée, l'artiste luxembourgeoise simplifie les formes du quotidien — maisons, paysages ou structures industrielles — pour en extraire une essence graphique singulière. Ses compositions se situent à la frontière de la figuration et de la géométrie, jouant sur des perspectives tronquées qui interrogent notre perception du réel.

Sa carrière a franchi une étape majeure en 2022, lorsqu'elle a représenté le Grand-Duché de Luxembourg à la 59e Biennale de Venise. Avec son projet intitulé Faraway So Close, elle y proposait une réflexion monumentale sur les relations entre l'intérieur et l'extérieur, ainsi que sur la fragilité de notre environnement. Basée à Bruxelles et enseignante à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, elle continue de développer une esthétique où le vide et la couleur dialoguent pour créer des atmosphères à la fois familières et énigmatiques.

Gregor Hildebrandt

Le travail de Gregor Hildebrandt se distingue lui par une utilisation singulière des supports analogiques de stockage de données — rubans de cassettes magnétiques et disques vinyles — qu'il transforme en compositions visuelles minimalistes. À travers une technique de collage sophistiquée, l'artiste allemand déploie ces matériaux sur toile pour créer des surfaces sombres et irisées, où la musique et le silence semblent se matérialiser. Son esthétique, profondément liée à la mémoire collective et à la culture pop, joue sur les reflets et les textures pour donner une dimension physique au temps qui passe.

Acteur majeur de la scène contemporaine internationale, il a vu son œuvre consacrée par de nombreuses expositions institutionnelles et une présence remarquée lors de grands rendez-vous artistiques mondiaux. En 2007, sa participation à la 52e Biennale de Venise (au sein de l'exposition The Hamsterwheel) a notamment souligné la force narrative de ses installations. Basé à Berlin, où il enseigne également à l'Académie des Beaux-Arts (Munich), Hildebrandt continue d'explorer ce dialogue entre le son invisible et la forme plastique, érigeant la mélancholie et la trace en véritables principes de création.

Filip Markiewicz

Le paysage est le point de départ, mais il ne reste jamais intact. Il devient une matière que je traverse, que je fragmente, jusqu’à ce qu’il se replie sur lui-même et se rapproche du corps. À un moment, je ne sais plus vraiment si ce que je peins appartient au dehors ou à quelque chose de plus intérieur, comme si la peau du monde et celle du corps se confondaient.

Le bleu ciel revient souvent. Mais ce n’est pas un ciel stable — il respire, il se trouble, il se creuse. Il peut être horizon ou profondeur. L’ocre apparaît comme une trace plus ancienne, quelque chose de déposé avec le temps. Et le noir laisse des zones en retrait, des failles, des silences où les formes se défont.

Les lignes s’effacent, les repères bougent. Les formes restent ouvertes, jamais complètement définies. Elles glissent vers quelque chose d’un peu onirique, entre paysage et organique, sans choisir. Par moments, j’ai l’impression d’explorer un espace qui pourrait être autant un relief qu’un intérieur du corps — des cavités, des flux, des tensions.

Je ne cherche pas à représenter, ni à expliquer. J’essaie plutôt de laisser apparaître quelque chose, sans le fixer. Ce qui m’intéresse, c’est ce passage entre visible et invisible, entre sensation et mémoire.

Le reste se joue dans le regard, quelque part entre surface et profondeur.

Filip MARKIEWICZ