Zone d’ombres

Tina Gillen & Filip Markiewicz

Le paysage est le point de départ, mais il ne reste jamais intact. Il devient une matière que je traverse, que je fragmente, jusqu’à ce qu’il se replie sur lui-même et se rapproche du corps. À un moment, je ne sais plus vraiment si ce que je peins appartient au dehors ou à quelque chose de plus intérieur, comme si la peau du monde et celle du corps se confondaient.

Le bleu ciel revient souvent. Mais ce n’est pas un ciel stable — il respire, il se trouble, il se creuse. Il peut être horizon ou profondeur. L’ocre apparaît comme une trace plus ancienne, quelque chose de déposé avec le temps. Et le noir laisse des zones en retrait, des failles, des silences où les formes se défont.

Les lignes s’effacent, les repères bougent. Les formes restent ouvertes, jamais complètement définies. Elles glissent vers quelque chose d’un peu onirique, entre paysage et organique, sans choisir. Par moments, j’ai l’impression d’explorer un espace qui pourrait être autant un relief qu’un intérieur du corps — des cavités, des flux, des tensions.

Je ne cherche pas à représenter, ni à expliquer. J’essaie plutôt de laisser apparaître quelque chose, sans le fixer. Ce qui m’intéresse, c’est ce passage entre visible et invisible, entre sensation et mémoire.

Le reste se joue dans le regard, quelque part entre surface et profondeur.

Filip MARKIEWICZ