Crépitement
Lionel Sabatté et Jean Dubuffet se rejoignent dans une exploration profonde de la matière, concevant l’œuvre non pas comme une simple image, mais comme une accumulation de sédiments et de traces. Au-delà des décennies qui les séparent, ces deux artistes partagent une volonté commune d’extraire une force brute de la réalité, transformant des éléments naturels en une esthétique singulière.
Lionel Sabatté aborde le monde organique avec une approche presque alchimique. Ses Oxydations sur papier laissent opérer le hasard et le temps pour faire émerger des figures marines (crevettes, homards, phytoplancton, hippocampes) dans des chromatismes imprévisibles. Ce processus de transformation se prolonge dans ses Poussierographies, où il utilise la vase récoltée dans la baie du Mont-Saint-Michel. En intégrant directement la terre du rivage à ses compositions, il ancre son travail dans la réalité physique du territoire, faisant de la matière le support même du récit.
Pour Crépitement, la galerie a également réuni un ensemble des pièces de Jean Dubuffet (1901-1985) réalisées entre 1945 et 1957, période durant laquelle il radicalise sa quête de la matière. À travers notamment les lithographies de la série des Murs et Empreintes, l’artiste rejette les conventions esthétiques classiques pour privilégier une expression directe et rugueuse. Son approche, qui privilégie la texture et la densité, transforme la surface en une peau minérale, affirmant une présence brute qui résonne ici avec force.